octobre 2008

Le centre municipal de santé des Lilas

En pleine mutation
Et dans le reste de la France

Créés en 1945 pour faire face aux multiples besoins économiques et sanitaires de l'aprèsguerre, les centres de santé jalonnent le territoire français.
On en compte aujourd'hui 1450, regroupant quelque 14 000 personnels soignants.
Gérés par des mutuelles, des municipalités, des associations ou des congrégations, ils avaient pour objectif premier de garantir un égal accès aux soins pour tous, dans le respect des tarifs de la Sécurité sociale. Un projet qui, même si les besoins ont évolué au fil des années, demeure d'actualité.
La grande majorité des centres existants sont représentés par huit organisations nationales.
Ce sont elles qui ont participé à la concertation préalable à la loi du 29décembre 1999 (qui a inscrit les centres de santé dans le code de la santé publique).
Elles ont aussi négocié avec l'Assurance maladie l'accord national des centres de santé du 19 avril 2003.
Des textes essentiels, parce qu'ils permettent la reconnaissance de l'expérience et de la pertinence des centres.
Ils sont d'ailleurs de plus en plus sollicités par les pouvoirs publics pour donner leur avis sur les évolutions en cours.
Il n'empêche, certains d'entre eux ont récemment fermé leurs portes en Seine-Saint- Denis, comme à Bagnolet ou à Epinay-sur- Seine.
Mais le comité national de liaison des centres de santé se montre optimiste pour l'avenir.
De nombreux médecins, et particulièrement les jeunes, ne souhaitent en effet plus travailler seuls. Ils voient, bien plus qu'avant, l'intérêt d'une pratique regroupée et coordonnée pour une approche globale des questions de santé.
La Ville des Lilas s'appuie sans cesse davantage sur son centre municipal de santé pour répondre aux besoins de sa population, en particulier des personnes les plus fragiles.
A contrario de la tendance nationale à la fermeture de ces centres, ce lieu a beaucoup évolué en élargissant son offre de soins. Et en accueillant toujours plus de patients.



De l'extérieur, le centre municipal de santé (CMS), installé dans un ancien pavillon en meulière, ressemble à une maison ordinaire.
Mais passée la porte en verre, les visiteurs pénètrent dans un cabinet médical sur plusieurs étages, avec pas moins de dix pièces pour les soins proposés : infirmerie, cabinets dentaires, kinésithérapie, médecine générale, orthophonie, orthodontie, psychiatrie, gynécologie, etc.
Mercredi est le jour des vaccinations gratuites.
Plusieurs familles se pressent vers l'accueil pour connaître les démarches à suivre avant de rejoindre la file d'attente. Ils sont accueillis par Alexandra Mathoux et Zaitiana Randriananja, les deux secrétaires, qui demandent aux futurs patients la raison de leur venue, leur adresse, l'âge des enfants, etc.
Pendant ces formalités, quelques bambins parviennent à échapper à la surveillance parentale et courent jouer dans le jardin à l'arrière. À peine quelques minutes plus tard, les familles se répartissent dans les différentes salles d'attente.
Cette efficacité est le résultat de plusieurs années de travail continu : depuis 2005, le centre a connu une petite révolution. Ce qui n'était qu'un « simple dispensaire » s'est transformé en véritable centre de santé, polyvalent et efficace.

Un dossier médical unique


En 2005, Catherine Eychenne était nommée médecin-directeur avec pour mission de réorganiser le fonctionnement global du CMS.
Mission accomplie : trois ans plus tard, les résultats sont là. Le nombre de prestations proposées est en constante augmentation, tout comme le nombre de patients traités – plus de 10 000 personnes sont reçues chaque année, soit une quarantaine en moyenne par jour.
Elle se souvient : « Quand je suis arrivée, les patients venaient sans rendez-vous, dès 14 heures, et ne passaient devant les médecins qu'à 16heures. Cela créait du stress, la situation était plus tendue. »
Aujourd'hui, les patients doivent prendre rendez-vous. De nouveaux praticiens ont été embauchés (ils sont désormais une vingtaine) et toute l'organisation a été repensée pour coller aux besoins d'un centre de santé public.
Les changements et une meilleure gestion administrative ont été possibles grâce à la création d'un poste à temps plein pour la gestion du tiers payant et d'un dossier médical unique par patient.
Autre innovation : d'ici à la fin de l'année, les dossiers médicaux seront informatisés. En 2006, un règlement interne a vu le jour définissant le projet de l'établissement, garantissant une meilleure qualité dans la prise en charge des patients et dans l'exercice des praticiens.
Enfin, pour favoriser les échanges entre les membres de l'équipe, une réunion a lieu chaque semaine. Si bien que, désormais, le centre traite 17500 dossiers médicaux (contre 10000 en 2005).
Selon le docteur Eychenne, cette hausse s'explique en partie par le bouche à oreille : «les patients se sentent bien soignés et ils en parlent autour d'eux. »

Un travail d'équipe

Pascaline Hugain a été un témoin privilégié des évolutions vécues par le centre de santé. Cette orthophoniste est arrivée en 2005, au moment des grands changements. « Au début, ma consultation n'était pas très connue et peu de gens venaient. Aujourd'hui, on a un succès fou », constate-t-elle.
Elle a rejoint le CMS après une expérience en tant qu'orthophoniste libérale. Un choix assumé. « J'en avais assez de travailler seule, je crois au travail d'équipe. Ici, c'est le cas et j'ai plus de liberté d'action. Je travaille avec les psychologues, je fais également de la prévention sur la dyslexie au collège et je travaille avec les seniors. Maintenant je souhaiterais développer des partenariats avec les PMI et les crèches. »
Ana Bernard, assistante dentaire au CMS depuis dix-neuf ans, reconnaît, elle aussi, qu'il existe de nombreux avantages dans son travail : « Travailler ici est beaucoup moins impersonnel que dans un cabinet dentaire classique. Je suis moi-même Lilasienne, les gens commencent à bien me connaître et viennent parfois me demander des conseils.»

Tout miser sur la prévention


Depuis un an, Ana a une autre corde à son arc. Elle et un chirurgien dentiste se chargent d'aller dans les écoles, les centres de loisirs et même les crèches pour transmettre les gestes essentiels à une bonne hygiène buccodentaire.
Ces actions ont été mises en place après la signature d'une convention entre la Ville et le conseil général de Seine-Saint-Denis sur la prévention bucco-dentaire, en 2006.
Suivant à la lettre l'adage « mieux vaut prévenir que guérir », le CMS et la Ville ont en effet mis la prévention au coeur de la politique de santé. Celle-ci touche des domaines aussi variés que les addictions (la dépendance aux produits), la maltraitance, les dépistages de maladies sexuellement transmissibles, les vaccinations, la lutte contre le tabagisme ou encore la prise en charge des seniors*.
Depuis deux ans, le centre a également mis en place une « consultation cannabis», gratuite et anonyme, destinée aux jeunes et aux parents. Elle est financée dans le cadre d'un projet avec la mission interministérielle de lutte contre les toxicomanies.
Autre nouveauté : le service APA (Allocation personnalisée d'autonomie), chargé d'évaluer la dépendance des personnes en vue de l'attribution d'aides financières par le conseil général. Cette année, depuis l'arrivée d'une nouvelle infirmière pour réaliser les évaluations, cent sept dossiers ont pu être montés.
Pour 2008-2009, le CMS compte bien continuer à aller de l'avant en augmentant l'offre de soins. L'un des chantiers principaux est la réalisation sur place des prélèvements sanguins et urinaires par une infirmière.
Le centre de santé projette également d'ouvrir des activités de planification familiale d'ici à la fin 2008. Objectif : assurer un meilleur accès à la contraception pour tous et une meilleure prévention des maladies sexuellement transmissibles.
Un projet de convention avec la maternité des Lilas est également à l'étude pour optimiser le suivi des femmes enceintes.
Tous ces changements à venir permettront au CMS de poursuivre sa mission : « assurer des activités de soins, de santé publique, de prévention et d'éducation tout en restant une structure de proximité, au plus près des Lilasiens et de leurs besoins. »

* Ces actions sont menées en partenariat avec les autres services municipaux et divers partenaires : le Kiosque, les pôles seniors, insertion et social, les services éducation et temps de l'enfant et jeunesse, le centre de loisirs, le service des sports, la PMI, la CAF, la Cramif, le service social départemental, etc.


Dans ce dossier

  • En pleine mutation