Une nouvelle femme émérite dans l’espace public Lilasien
Après la crèche Maya Angelou, le parc municipal des sports Marie Marvingt, la place Marie Trintignant, la crèche Jane et Paulette Nardal, l’école Madeleine Riffaud, la Mairie annexe Jane Vialle et bien d’autres espaces et bâtiments publics, une nouvelle femme émérite va donner son nom à un équipement public municipal.
Pour le Centre municipal de santé, la Ville soumet au choix des Lilasien·nes trois personnalités qui ont lutté et milité pour que les femmes disposent librement de leur corps : Tawhida Ben Cheikh, Jacqueline Manicom et Maya Surduts.
La votation citoyenne permettra aux Lilasien·nes de choisir celle dont le nom sera retenu.
Les trois femmes proposées au vote
Tawhida Ben Cheikh
Tawhida Ben Cheikh est née le 2 janvier 1909 à Tunis (Tunisie) et décédée le 6 décembre 2010 dans la même ville. Médecin, pédiatre, gynécologue et militante féministe, elle est considérée comme une figure majeure de l’histoire de la médecine en Afrique du Nord et comme la première femme musulmane du Maghreb à exercer la médecine. Issue d’un milieu où l’accès des femmes aux études supérieures reste très limité au début du XXème siècle, elle parvient néanmoins à poursuivre un parcours scolaire exceptionnel qui la conduit à obtenir un doctorat dans les années 1930. À son retour en Tunisie, elle s’impose dans un environnement médical encore largement masculin et devient l’une des premières femmes médecins du pays, ouvrant la voie à de nombreuses générations de praticiennes. Elle exerce principalement en pédiatrie et en gynécologie, deux spécialités dans lesquelles elle se consacre à la santé des femmes et des enfants. Tout au long de sa carrière, elle est confrontée aux difficultés d’accès aux soins pour les populations les plus défavorisées et aux conséquences sanitaires du manque d’éducation en matière de santé reproductive. Ces réalités renforcent son engagement en faveur d’une médecine plus accessible, plus moderne et axée sur la prévention. Elle participe ainsi à l’amélioration de la santé maternelle et infantile en Tunisie. Très tôt, Tawhida Ben Cheikh milite pour le droit à la contraception, pour un meilleur accès à l’information médicale et pour la prise en charge des femmes confrontées aux grossesses non désirées. Elle adopte une position pionnière en défendant l’idée que les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps et bénéficier d’un accompagnement médical adapté. Son engagement s’inscrit dans une vision globale de la santé publique, où la prévention et l’éducation occupent un rôle central. Elle contribue largement à la mise en place du planning familial à Tunis, structure qu’elle aide à développer et dont elle prend finalement la direction. À travers cette institution, elle participe à la diffusion des méthodes de contraception et à la sensibilisation des femmes à leur santé reproductive, dans un contexte où ces pratiques sont encore peu accessibles. Son action permet de faire évoluer progressivement les mentalités et les politiques de santé en Tunisie, en plaçant la question des droits reproductifs au cœur des enjeux médicaux et sociaux. Décédée à l’âge de 101 ans, Tawhida Ben Cheikh laisse derrière elle un héritage considérable qui a marqué les mouvements féministes, la lutte pour l’égalité d’accès aux soins, l’émancipation des femmes et la modernisation de la médecine. Pionnière de la gynécologie et de la pédiatrie, elle est aujourd’hui reconnue comme une figure fondatrice de la médecine moderne et comme une militante essentielle des droits des femmes.
Jacqueline Manicom

Jacqueline Manicom est née le 1er avril 1935 au Moule (Guadeloupe) et est décédée le 22 avril 1976 à Massy (Essonne). Sage-femme, romancière et militante féministe, elle est considérée comme l’une des grandes figures du féminisme français et de la lutte pour les droits sexuels et reproductifs des femmes. Aînée d’une famille nombreuse et modeste, elle grandit en assistant aux vingt grossesses de sa mère en rêvant de devenir médecin. Elle est finalement obligée d’arrêter ses études pour aider sa mère puis reprend ses études pour devenir sage-femme. Elle travaille dans les maternités parisiennes où elle est quotidiennement confrontée aux conséquences des avortements clandestins, aux grossesses non désirées, aux violences médicales et au racisme subi par de nombreuses patientes. Ces réalités marquent profondément son engagement et son œuvre littéraire. Très tôt, Jacqueline Manicom milite pour le droit des femmes à disposer de leur corps, convaincue que la liberté et l’émancipation des femmes repose sur leur maîtrise de la procréation et sur un changement radical du traitement des femmes dans le milieu médical. En 1964, elle cofonde la Maternité consciente, premier centre de planning familial des Outre-mer en Guadeloupe, dans un contexte où l’accès à la contraception et à l’information sexuelle reste encore très limité. Inscrite dans les réseaux féministes des années 1970 pour contribuer au combat en faveur de la légalisation de l’avortement en France : elle rejoint le Mouvement de libération des femmes (MLF), intègre l’association Choisir la cause des femmes créée par Gisèle Halimi, intervient en tant que témoin de moralité au procès de Bobigny en 1972 et participe à l’organisation d’avortements clandestins. Son engagement féministe se retrouve également dans ses romans autobiographiques Mon examen de blanc (1972) et La graine : journal d’une sage-femme (1974), où elle raconte l’expérience de femmes antillaises, arabes et pauvres confrontées au racisme, au sexisme et aux inégalités sociales. À travers des récits inspirés de sa propre vie, elle dénonce les discriminations héritées du colonialisme et donne une place centrale à la parole des femmes noires, longtemps absente de la littérature française. Dans ses écrits comme dans son action militante, Jacqueline Manicom défend une idée simple mais novatrice pour son époque : les injustices liées au sexe, à la couleur de peau et à l’origine sociale sont liées et les femmes peuvent être confrontées simultanément au racisme, à la domination masculine et aux inégalités économiques. Cette réflexion fait d’elle une pionnière des luttes pour l’égalité et la justice sociale. Décédée à seulement 41 ans, Jacqueline Manicom a longtemps été méconnue du grand public alors que son parcours de sage-femme, d’écrivaine et de militante continue d’inspirer les mouvements féministes contemporains. Son œuvre demeure un témoignage précieux sur la condition des femmes, les héritages du colonialisme et la nécessité de défendre les droits fondamentaux de toutes et tous.
Maya Surduts

Maya Surduts est née le 17 mars 1937 à Riga (Lettonie) et décédée le 13 avril 2016 à Paris. Militante féministe française, elle consacre sa vie à la défense des droits des femmes et à la lutte contre toutes les formes d’injustice. Issue d’une famille juive et communiste marquée par les bouleversements du XXème siècle, elle est témoin de la seconde guerre mondiale et des déportations alors qu’elle n’est qu’une enfant. Menacée par les persécutions antisémites, sa famille doit fuir à plusieurs reprises et Maya est cachée loin de ses parents pendant une partie de son enfance. Cette expérience la sensibilise très tôt aux dangers de l’intolérance et des régimes autoritaires. Adolescente, elle découvre en Afrique du Sud les conséquences de l’apartheid, système qui sépare les populations selon leur couleur de peau et prive les personnes noires de nombreux droits. En voyant sa mère s’engager contre ces discriminations, Maya Surduts prend conscience de l’importance de lutter contre le racisme et les discriminations. Elle développe très tôt une conscience politique aiguë et s’engage à l’international contre les injustices sociales, le colonialisme et le racisme : elle participe au mouvement des droits civiques aux États-Unis et à la Marche sur Washington de 1963, soutient l’indépendance de l’Algérie et s’intéresse aux mouvements de libération qui cherchent à combattre les inégalités à Cuba. À son retour en France, elle a mis ses forces au service des luttes féministes et en est devenue une figure incontournable. Militante pour la défense des droits reproductifs, notamment le droit à l’avortement, le droit à la contraception ainsi que la liberté de disposer de son corps, elle a cofondé la Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (CADAC) et le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), dont elle a été la porte-parole. Elle organise de nombreuses mobilisations et manifestations pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes et lutter contre les violences faites aux femmes. Même après la légalisation de l’avortement en France, elle a continué à lutter pour son accès effectif à toutes les femmes. Elle s’est ainsi mobilisée contre la fermeture de la Maternité des Lilas, un établissement emblématique des droits des femmes en Île-de-France. Selon elle, cette maternité jouait un rôle essentiel dans l’accès à l’avortement, à la contraception et à un accompagnement respectueux de la grossesse et de l’accouchement. Au-delà des droits reproductifs, elle s’est également mobilisée contre la précarité des femmes, dénonçant notamment le temps partiel imposé qu’elle considérait comme un frein à l’égalité professionnelle et à l’autonomie économique des femmes. Réputée pour son énergie, sa ténacité et son engagement, Maya Surduts a consacré plus de quarante ans de sa vie aux combats féministes, antiracistes et pour la justice sociale. Son parcours rappelle que les droits ne sont jamais définitivement acquis et qu’ils doivent être défendus par chaque génération.
Comment voter ?
Le vote est ouvert à l’ensemble des Lilasien·nes jusqu’au 5 septembre 2026.
Pour voter, il suffit de classer les trois femmes proposées par ordre de préférence :
Trois possibilités sont proposées :
Où voter avec un bulletin papier ?
Des bulletins de vote sont mis à disposition devant les urnes installées dans les lieux publics suivants :