Catherine Ringer : «Quand je chante, je me sens bien»

En novembre 2025, dans le cadre d’un projet d’éducation aux médias, Elsa Sabado, journaliste indépendante, la classe de 5ème 1 du collège Marie-Curie et leur professeure Amélie Mendez, ont interviewé Catherine Ringer.
L’angle choisi pour cet entretien était celui du « super pouvoir ».
Pour Catherine Ringer, ce super pouvoir était évidemment le chant et la voix.

Savez-vous à quel moment vous avez commencé à chanter ?
Catherine Ringer : Je pense que c’était à 10, 11 mois. Chanter, c’est une activité humaine, au même titre que respirer, boire ou manger. Il y a des choses qu’on fait naturellement : chanter, taper, faire de la musique… Tout ça, c’est bio. Je me souviens de la première fois où l’on a remarqué que j’avais un talent pour le chant. J’étais dans la voiture, pour aller à la campagne, avec ma tante maternelle, qui adorait les chansons, et son homme, qui travaillait dans une maison de disque. Je me suis mise à chanter en regardant le paysage, et ma tante a dit « Oh, écoutes ! Elle a vraiment une belle voix ».

À l’adolescence, aviez-vous des difficultés à chanter en public ?
CR : Non. Je crois que pour faire ce métier, il faut avoir certaines dispositions spontanées, comme par exemple aimer se montrer. Vous voyez,là, je vous fais un peu le show tout le temps. J’ai toujours été comme cela, à me montrer, à faire un peu le clown.

Elena : Comment avez-vous décidé de devenir chanteuse ?
CR : C’est la vie qui m’a entraîné la dedans. J’ai quitté l’école dès que j’ai pu. J’adorais cela quand j’étais en primaire, jusqu’en 4ᵉ. Là, j’ai commencé à changer. Je savais que je ne voulais pas spécialement passer mon bac, parce que je ne voulais pas faire d’études supérieures. Je voulais travailler dans la vie active, sans savoir ce que je voulais faire. La première fois que j’ai fait de la scène, c’était suite à un stage organisé par un professeur de musique de la faculté de Vincennes, où j’ai eu la chance de pouvoir aller en auditeur libre. Il avait organisé un stage d’été, au festival d’Avignon. Une actrice de sa troupe a eu un problème et on m’a proposé de la remplacer, car son personnage avait les cheveux longs pour les faire tourner, et devait savoir loucher indépendamment des deux yeux. Cela faisait partie du spectacle, qui était un peu fantaisiste, et il se trouvait que je savais le faire, donc j’étais la parfaite personne pour remplacer.  (Écouter Audio n°1)

Léon : Et qu’en ont pensé vos parents ?

CR : Mon père était très fier, très enthousiaste. C’était un artiste lui-même, un artiste peintre, donc le fait que je sois dans les arts lui plaisait. Il est souvent venu voir tous les spectacles que j’ai fait, avec ma mère aussi, d’ailleurs.

Comment travaillez-vous votre voix au quotidien ?

CR : Quand j’étais plus jeune, je ne travaillais pas ma voix au quotidien. Là, j’ai trouvé un truc que je fais tous les jours avec une coach vocale américaine, dix minutes par jour, qu’on peut faire avec elle, en dansant en même temps. (Écouter Audio n°2)

Vous voyez, elle chante ce qu’il faut faire : « keep in low in the diaphragm ». Cela fait un moment que je travaille ma voix grâce à des vidéos sur youtube « for free » (rires). Je m’exerce tous le matins. Quand je suis en représentation, je m’échauffe avant le « soundcheck », les balances.

Quel type de chant pratiquez vous et lequel préférez vous ?
CR : Je suis d’une génération, où, déjà, on écoutait plein de trucs, beaucoup de chose de différents endroits. Mon père écoutait la radio du monde entier, donc j’ai toujours entendu, gamine, des tas de voix, des tas de chant. J’ai toujours eu la voix très agile, donc j’aime bien à un moment chanter comme Mickaël Jackson, après j’aime bien le chant lyrique, alors je chante un peu de chant lyrique. Dans mes chansons à moi, j’ai la voix qui change.

Son : Je peux prendre cette voix là « aahahah » mais aussi cette voix là « tatatat », ou « AAAAAH » y’a des moments ou j’aime bien que la voix elle soit variée pour moi. (Écouter Audio n°3)

J’ai adoré le raï, Oum Khalthoum, la musique africaine, du monde entier en fait. Je n’ai pas de préférence. Les préférences, c’est sur le moment, mais en fait deux jours après, ça change.

 

 Comment vous sentez-vous quand vous chantez ?

CR : C’est très varié. Quand on fait un métier, on est plein de tout ce qu’on a vécu dans la journée, comme n’importe quelle activité. Mais ce qu’on peut dire précisément, c’est qu’on est concentré sur le souffle, sur l’expression. Sur la manière de faire passer des émotions qu’on a à l’intérieur, qui vont bien avec ce qu’on est en train de chanter. Donc je me sens plutôt bien quoi, j’adore ça. Parfois, on se sent mal parce qu’on a l’impression qu’on a raté quelque chose, ou qu’il y a quelqu’un dans la salle qui est en train de nous juger. Il faut continuer à chanter.

Est-ce que vous êtes interprète ou est-ce que vous intervenez dans la composition de la musique ? Et qu’est-ce qui inspire vos chansons ?
CR : Dans tout ce qu’on a fait avec les Rita, ou dans ce que je fais maintenant : oui, je joue de la guitare, de la percussion, de la flûte à bec aussi. Quant à ce qui m’inspire, cela peut être des tas de chose. Une chanson peut aborder des sujets personnels, des sensations de tristesse, de gaieté, des sujets de société, des sujets de beauté, ou même des blagues. Mais ce qu’il faut dans une chanson, c’est que ce qui soit dit soit fleuri, agréable à écouter. (Écouter Audio n°4)

La chanson Andy, par exemple, est venue d’une boîte à rythme. Fred, mon conjoint et autre membre du groupe, faisait un peu la tronche. Alors j’ai pris le synthé et j’ai essayé un truc, en lui disant, « Allez, dis-moi oui ». A l’époque, je l’appelais Andy parce que c’était le nom d’un personnage d’une BD qu’on lisait, Andy Capp.

À partir de quand votre chant vous a-t-il fait connaître du grand public ? Et est-ce que vous êtes contente d’être une chanteuse « culte » ?
CR : Le succès qui m’a fait connaître du grand grand public est venu spontanément, grâce à son passage à la radio et s’appelle Marcia Baïla.

Le sujet, c’est une femme merveilleuse, une danseuse que j’avais connu, qui avait été mon maître de danse, et qui était morte du cancer. Tous les couplets, c’étaient la description de la danseuse, comment elle bougeait avec tout ce qu’elle pouvait faire, comment elle mettait ses bras… Et le refrain, c’est : « mais c’est la mort, comment c’est possible ». Je suis très contente d’être devenue une chanteuse populaire. C’est une chance pour un artiste d’avoir passer une vie a faire chanter les gens, danser, rêver, pleurer, rire, et de sentir qu’on est aimé, qu’on fait partie des meubles. C’est un bonheur et je remercie la vie pour cette chance d’être aimée, et d’être devenue ce que je suis.

Sur le plan émotionnel, laquelle a été la plus dure ?
CR : C’est une chanson dont on avait fait la mélodie, toute la musique, et je ne savais pas quoi écrire dessus. Je me disais : « je n’y arrive pas, je n’y arrive pas », et tout le monde m’attendait. Au bout d’un moment, j’ai dit que je ne pouvais pas, que j’étais trop fatiguée, peut-être un peu malade, déprimée. Je n’arrivais à rien. Fred m’a dit : « Ecris une chanson là-dessus ». Et là, j’avais quelque chose à écrire. Pour écrire des paroles, il faut quelque chose d’un peu profond, qui passe par nous-même. Et là, le thème, c’était l’état dans lequel j’étais.

Dans la chanson, je disais «  Je suis fatiguée, j’en ai assez d’être crevée » (Écouter Audio n°6)

Pour vous quelle est la différence entre chanter seule, avec des musiciens, d’autres chanteurs ou avec un chœur ?
CR : On chante rarement toute seule. En public, il y a quasiment toujours des musiciens. Récemment, j’ai partagé la scène avec un artiste et il y avait plein de chanteurs autour de nous, alors que d’habitude je suis plutôt avec des musiciens qui ne chantent pas. Je n’ai jamais fait de chorale, je n’ai jamais eu le temps dans ma vie, cela demande de la régularité, et moi, j’étais trois mois ici, trois mois ailleurs… Mais j’adore ça, ça fait chaud au cœur, ça amène dans un autre monde, et c’est très agréable, on se sociabilise…

Propos recueillis par la 5e1