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Du FC Les Lilas aux festival de Cannes

Nadia Melliti se rêvait footballeuse, elle se retrouve au palmarès du 78e Festival de Cannes avec un film fragile et lumineux, La Petite Dernière. Rencontre avec une incroyable révélation, qui a débuté en jouant au foot au FC Les Lilas.

Vous avez 23 ans et vous venez d’obtenir le prix d’interprétation à Cannes. D’où venez-vous ?

Nadia Melliti : De Romainville, une ville collée aux Lilas. Mon père est mort quand j’avais six ans et je n’ai pas eu la chance de découvrir sa culture… Il était passionné de cinéma et il a transmis son amour du 7e art à mon grand frère. Ma mère s’occupait de personnes âgées dans les maisons de retraite. Donc aucun lien avec le cinéma ou le foot.

Le foot, ça commence très tôt ?

Dès mon enfance, j’aimais le foot. Je respirais foot, je vivais foot, je rêvais foot, je dormais même avec mon ballon, j’adorais jouer avec les copains dès le primaire.

Vous avez joué au FC Les Lilas ?

Dès neuf ans, j’ai demandé à ma mère d’intégrer un club, mais elle ne voulait pas trop. Je lui en parlais tout le temps. Un jour, je joue en bas de chez moi et un coach des Lilas me dit que je joue très bien et que je devrais m’inscrire. Deux ans plus tard, comme j’étais une vraie pile électrique en cours, ma mère m’a enfin inscrite au FC Les Lilas. J’avais 11 ans, j’étais en sixième et ce furent les plus belles années de ma vie de jeune fille.

Vous songiez à en faire votre métier ?

Absolument. Vous savez, lors d’un tournoi en U12, j’ai fait 2 500 jongles, même si j’avais énormément mal au mollets, je ne voulais plus m’arrêter. À 15 ans, j’ai rejoint le PSG, une année de sports-études dans un internat, un rêve de petite fille qui se réalisait, mais comme je n’ai pas eu d’opportunité, je suis partie à Saint Maur, en deuxième division féminine. J’ai fait une année avec beaucoup d’intensité et je me suis blessée un jour de match-test.

C’était grave ?

J’ai eu une double fracture du péroné et de la malléole, en fauteuil roulant pendant quelques mois avec un plâtre jusqu’au bassin. Tout s’écroulait autour de moi et je me suis dit qu’il fallait que je mise sur les études. J’ai donc intégré STAPS au campus de Bobigny, car j’adore le sport, et j’aimerais bien transmettre cet amour aux jeunes. Et ce métier me comble autant que le foot, même si je continue à jouer toute seule régulièrement. Je suis actuellement en troisième année de licence et je ne pense pas du tout à une carrière cinéma. 

Parlons de cette carrière cinéma. Comment tout a commencé ?

Une après-midi, près du Pont-Neuf, je suis abordée par une directrice de casting. Elle me prend en photo mais je suis très dubitative… J’ai été convoquée pour faire des tests et comme je suis de nature très curieuse, j’y suis allée. On était très nombreuses mais je ne me sentais pas très légitime. Et je me suis lancée, comme quand au foot on me disait que je n’y arriverai pas, que le foot était pour les garçons. Je me suis donnée la chance de réussir et on a improvisé, alors que je n’avais jamais fait de cours d’art dramatique. Je ne savais même pas ce qu’était une impro ! Et j’ai adoré l’expérience. Puis la réalisatrice Hafsia Herzi a regardé les essais en vidéo, j’ai fait encore des répétitions et j’ai été prise ! Une complicité s’est très vite installée entre nous. Je lui ai dit que je n’avais pas d’expérience, mais je n’avais pas peur et elle non plus. Je ne me suis posée aucune question, même si je porte le film sur mes épaules.

 

La Petite Dernière raconte le destin d’une jeune banlieusarde, lesbienne et musulmane pratiquante, et parle de la difficulté à devenir soi-même. Comment s’est déroulé le tournage ?

On a tourné un mois à Nancy et à Paris. Le premier jour, j’ai découvert tout le monde sur le plateau, notamment les techniciens, dont le travail m’a fascinée. J’allais voir tout le monde, pour comprendre ce que faisaient les responsables du son ou de l’image. C’est vraiment comme le foot, un travail d’équipe. Hafsia savait que j’adorais le foot, elle l’a intégré au scénario, mon personnage joue donc au foot, c’était vraiment très cool. Je joue au foot dans un film, ça ne pouvait pas être mieux ! Je n’ai jamais douté car ma réalisatrice avait confiance en moi, je devais être à la hauteur, notamment pour les autres actrices qui n’ont pas eu le rôle. Je devais juste ne jamais regarder la caméra et je me suis donnée à fond ! Ce tournage fût une joie… J’étais dans ma bulle et j’ai beaucoup visualisé comme au foot.

Et le festival de Cannes ?

Cannes, ça a été fabuleux ! J’ai rencontré plein de personnes bienveillantes, c’était intense, entre les interviews, la conférence de presse, les photos… Le jour du palmarès, j’étais à Paris et ma productrice m’a appelée pour que je revienne à Cannes. On savait que l’on aurait un prix le soir, mais pas lequel. J’ai sauté dans un avion, avec mes crampons de foot dans la valise, et à l’aéroport, un taxi moto m’attendait, avec des policiers qui nous ouvraient la voie. C’était dingue, j’ai tout filmé ! Je suis arrivée cinq minutes avant le début de la cérémonie, on m’a habillée car j’étais en jogging, coiffée, maquillée, on m’a donné des chaussures de taille 44, donc bien trop grandes pour moi ! J’attendais la Palme d’or pour le film et je n’avais bien sûr pas préparé de discours. Quand on a prononcé mon nom, je me suis levée, bien obligée. J’avais l’impression d’avoir tout le monde derrière moi, ma famille, l’équipe, les amis… Une force a surgi et je l’ai très bien vécu, c’était génial. 

Et la suite ?

On m’a proposé des scénarios. J’en ai refusé certains, contraires à mes valeurs, et d’autres me plaisent bien. Mais cela va être compliqué car j’ai un concours en mars prochain. Avec la promo du film, j’ai manqué pas mal de cours et donc je dois me remettre aux études. Mon objectif, c’est de devenir prof d’EPS, même si je ne ferme pas la porte au cinéma.

DATES

30 mars 2002 : naissance aux Lilas

2012 : elle intègre le FC Les Lilas

2 août 2014 : naissance de sa petite sœur

Mai 2025 : prix d’interprétation à Cannes

22 octobre 2025 : sortie en salles de La Petite Dernière