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ON-TRADE-OFF : La Contrepartie


Au fond, là où on extrait le charbon, c'est une sorte de monde à part qu'on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c'est la contrepartie obligée de notre monde d'en haut.

George Orwell, Le Quai de Wigan, 1937

 
On-Trade-Off est un projet de recherche international réunissant un groupe d’artistes, de vidéastes et de chercheurs* autour du thème de l’exploitation des métaux rares et en particulier du lithium, l’une des ressources minières les plus prisées de la République démocratique du Congo (RDC). 

Surnommé le « nouvel or noir », le lithium (Li3) est un élément indispensable pour la production des batteries de smartphones, ordinateurs et voitures électriques. Son extraction et sa transformation sont devenues un enjeu central dans le processus de transition vers une énergie « verte » et une économie mondiale post-fossile.

On-Trade-Off interroge les étapes de la transformation du minerai en remontant aux origines de son extraction et en analysant les conséquences sociales, écologiques, économiques et politiques de son exploitation et consommation de masse.

À partir d’une recherche documentaire menée en collaboration avec des scientifiques et des acteurs de terrain (ONG, travailleurs du secteur minier), les artistes du collectif alimentent une banque de données qui constitue la matière première des créations du projet. Les oeuvres qui en résultent cartographient l’approvisionnement mondial du lithium, inscrivant ses enjeux actuels dans le temps long de l’histoire coloniale. La distance est alors abolie entre les consommateurs occidentaux et la ville minière de Manono (RDC) où le plus grand gisement de lithium au monde a été récemment découvert.

Le projet d’exploitation de ce filon congolais fait actuellement l’objet d’une spéculation financière internationale. Extrait à bas coûts à Manono, le lithium pourrait transiter par l’Australie afin d’alimenter le système de stockage d’énergie Tesla. Il circulerait ensuite par la Chine, leader mondial de la production de batteries, avant d’être exporté en Occident et de revenir en Afrique sous la forme de déchet électronique.

Les routes commerciales du lithium poursuivraient ainsi celles d’autres métaux rares (cobalt, cuivre,...) et s’inscriraient dans la dynamique caractérisant dès le XVIe siècle le commerce triangulaire : exploitation des ressources humaines et naturelles d’Afrique par des puissances étrangères et spéculation d’un matériau exporté sur le marché international pour des consommateurs éloignés des problématiques soulevées par sa production.

De l’exploitation locale au marché global, On-Trade-Off met ainsi en lumière l’envers du décor du marketing écologique prôné par les multinationales de l’économie « verte », donnant à voir ce « monde à part » qui constitue, pour reprendre l’expression d’Orwell, « la contrepartie obligée de notre monde d’en haut ».


 
* Projet de long terme initié par les structures artistiques Picha (Lubumbashi, DRC) et Enough Room for Space (Brussels, BE), On-Trade-Off présente aux Lilas un point d’étape à travers le travail de : Sammy Baloji (BE/RDC), Marjolijn Dijkman (BE/NL), Jean Katambayi (RDC), Musasa (RDC), Georges Senga (NL/RDC), Daddy Tshikaya (RDC), Maarten Vanden Eynde (BE).             

L’exposition ON-TRADE-OFF, La Contrepartie est coproduite par le centre d’art contemporain Cargo in Context (Amsterdam) et bénéficie du soutien du Royaume des Pays-Bas.